Les consommateur·rices sont très souvent sous le feu d’injonctions – parfois contradictoires – les sommant de trier, réparer, manger local, consommer durable… Dans son dernier dossier, l’Indecosa-CGT dénonce le double standard qui consiste à pointer du doigt les fautes commises par les consommateur·rices tout en dédouanant les industriels, les marchés et les pouvoirs publics qui par ailleurs dictent les règles.
Selon le baromètre GreenFlex-ADEME de 2025, 80 % des Français estiment que « la crise écologique nous oblige à revoir nos modes de vie » et 67 % des consommateur·rices engagé·es estiment ne pas trouver suffisamment de produits durables en magasin. Loin de s’essouffler, les attentes environnementales se renforcent, mais se heurtent à plusieurs freins, notamment les prix.
Les limites de l’action individuelle
Dans le numéro 229 septembre-octobre de son IN Magazine, l’Indecosa-CGT bat en brèche l’idée selon laquelle l’action individuelle serait le premier levier de la transition écologique. L’association rappelle d’ailleurs que les gouvernements successifs n’ont cessé de communiquer sur la responsabilité de tout un chacun de changer ses modes de consommation, brandissant des slogans tels que « chaque geste compte ».
Bien que les comportements, choix et gestes quotidiens aient un impact – direct ou indirect – sur les écosystèmes, le climat, les ressources ou la biodiversité, Indecosa-CGT énonce un principe qu’il convient de garder à l’esprit : « les consommateurs ne sont ni des idiots ni des marionnettes. Ils savent parfaitement que le choix des produits qu’ils consomment pèse sur leur alimentation, leurs libertés de déplacement, la qualité de leur habitat et bien d’autres choses encore. Ils en sont les premières victimes. » Et ce sont bien les stratégies industrielles et les politiques publiques qui portent la plus grande responsabilité.
Si les consommateur·rices ont la volonté de mieux consommer, force est de constater que les conditions ne sont pas réunies pour leur permettre de faire des choix éclairés. Outre les contraintes économiques, ils font face à des offres insuffisantes, voire des propositions opaques (à grand renfort de greenwashing semant la confusion), ainsi qu’à des solutions qui ne répondent pas aux réels enjeux de la crise climatique.
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Des choix qui n’en sont pas
Dans son dossier, Indecosa-CGT cite 5 exemples où des choix individuels sont confrontés à la réalité du quotidien :
- MaPrimeRénov’ : censé inciter les Français à engager des travaux de rénovation énergétique pour améliorer la performance de leur logement, le dispositif souffre de plusieurs écueils : délais à rallonge, réformes successives, critères mouvants et reste à charge conséquent… Pour les personnes engagées, le parcours est instable et les litiges nombreux.
- Les ZFE (zones à faibles émissions) : l’objectif est de réduire les émissions de particules fines en supprimant la circulation des véhicules les plus polluants. Mais dans les faits, de nombreuses familles pour lesquelles la voiture est le seul mode de déplacement adapté n’ont pas les moyens d’en acheter une neuve. En parallèle, les offres de transport en commun ou de covoiturage sont mal réparties sur le territoire, générant de fortes inégalités.
- L’eau du robinet : la pollution aux PFAS pousse certaines personnes à envisager l’eau en bouteille, par ailleurs coûteuse tant sur le plan économique qu’environnemental. Les solutions de filtration sont par ailleurs onéreuses donc pas accessibles pour tout le monde.
- Une alimentation saine et durable, avec des campagnes de prévention qui promeuvent les aliments frais, locaux et équilibrés mais qui ne font pas le poids face aux arbitrages financiers des ménages.
- La fast fashion : L’injonction à acheter « durable » se heurte à une réalité économique. Des vêtements à très bas prix concurrencent la seconde main, secteur lui-même en forte tension face à des dons de plus en plus de mauvaise qualité.
Pour pallier cette dissonance cognitive, qui tiraille les ménages entre la volonté de bien faire et la réalité du quotidien, l’Indecosa-CGT revendique des mobilisations sociales et environnementales portées conjointement par des scientifiques, des citoyens, des consommateurs, des associations et des institutions afin d’infléchir les politiques publiques. La protection des consommateurs et de l’environnement repose en effet davantage sur la prévention collective que sur les seuls arbitrages individuels.




