Depuis quelques temps, de nombreux articles de presse relaient une arnaque qui consisterait à cloner la voix de la victime qui décroche son téléphone après un appel silencieux inconnu, alors qu’il n’y a manifestement personne au bout du fil. L’objectif est d’usurper son identité vocale pour piéger ses proches. Toutefois, le service de vérification des faits de FranceInfo revient sur cette information, qui se révèle plutôt mensongère.
Le principe est le suivant : un numéro inconnu appelle mais après décrochage, personne ne répond au bout du fil. D’après un communiqué de la société de cybersécurité BitDefender, largement repris dans la presse, ces appels silencieux se révèleraient dangereux. Le simple fait de répondre en assénant des « allô » répétitifs suffirait aux escrocs pour enregistrer la voix et créer des répliques grâce à l’IA. Une fois la voix clonée, des appels sont passés en usurpant l’identité de la personne pour piéger des proches et demander de l’argent par exemple. Dans son communiqué, l’entreprise donne des recommandations tout en assurant la promotion de ses solutions de filtrage d’appels.
Dans sa matinale, TF1 a fait appel à une créatrice de contenu spécialisée dans l’IA, Estherium, pour étayer cette théorie. Celle-ci assure avoir pu créer un clone de sa voix sur Eleven Labs, la référence IA du clonage vocal, sur la base d’un court : « Allô, est-ce que vous m’entendez ? ».
Un clonage de voix techniquement impossible
Pourtant, après vérification, FranceInfo émet de sérieux doutes sur le procédé qui serait « techniquement impossible ». Les journalistes de la rédaction ont tenté l’expérience avec des résultats plus que mitigés ; ils ont également fait appel à Centho, un vidéaste spécialisé dans les risques numériques qui traque les escrocs sur le web. Utilisant lui-même ce type d’outils, il assure à FranceInfo que « pour faire un clone vocal de qualité à peu près convenable, il faut au moins dix minutes d’enregistrement de voix avec un micro de très bonne facture. Même avec des heures d’enregistrement, il reste des défauts, donc autant dire qu’avec quelques secondes d’une voix compressée par le téléphone, c’est totalement impossible ».
En outre, FranceInfo indique que « les autorités françaises de lutte contre la cybercriminalité ne rapportent pas de faits correspondants » et précise que « ni le parquet de Paris, ni le ministère de l’Intérieur n’ont été en mesure de nous faire part de l’existence de plaintes ou d’enquêtes liées à ces appels silencieux et aux clonages vocaux qui en découleraient ».
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Pourquoi ces appels silencieux ?
En réalité, les centres d’appels contactent plus de numéros qu’ils n’ont d’agents disponibles afin de maximiser les chances de tomber sur un interlocuteur réel (et non une messagerie ou un numéro non attribué). « Si personne ne vous parle et que ça raccroche, c’est juste qu’il n’y a pas d’agent disponible pour vous répondre », explique Centho.
Toutefois, il convient de rester vigilant avec les appels inconnus car bien souvent, ils sont réalisés à la suite de fuites de données personnelles et le fait de décrocher indique que le numéro de téléphone est bien actif et ouvre la porte aux spams.
Jérôme Nottin, le directeur général de Cybermalveillance.gouv, la plateforme nationale d’accompagnement des victimes d’actes de cybermalveillance, prévient sur FranceInfo : « Il ne faut pas crier au loup, au risque de ne plus être crédibles quand nous aurons vraiment besoin d’alerter utilement les victimes sur un nouveau phénomène ».




