Pourrons-nous manger du chocolat dans 20 ans ?

L’industrie mondiale du cacao traverse une crise systémique majeure provoquée par le dérèglement climatique, la déforestation et une extrême pauvreté des producteurs en Afrique de l’Ouest. Cette situation engendre une pénurie durable et une explosion des prix, menaçant la disponibilité du chocolat tel que nous le connaissons d’ici 2050.

Le dérèglement climatique est l’une des menaces les plus directes, provoquant des sécheresses, des pluies diluviennes et le développement de maladies des cacaoyers qui font chuter les rendements. De plus, la filière souffre d’une déforestation massive (80 % des forêts ont disparu en 60 ans en Côte d’Ivoire) et d’un appauvrissement des sols dû à 20 ans de culture intensive, ce qui accroît la vulnérabilité des plantations.

Une hausse des prix qui ne bénéficie pas aux producteurs

Des facteurs qui entraînent mécaniquement une hausse des prix depuis plusieurs années déjà. Toutefois, cette hausse ne bénéficie pas aux petits producteurs, dont les revenus demeurent insuffisants, comme le rappelle le collectif Commerce équitable France. En effet, 95 % de la production repose sur de petits planteurs vivant sous le seuil de pauvreté. La mode du chocolat de Dubaï en 2024 a par ailleurs accentué cet état de fait : « Pendant que les marques capitalisent sur le prestige, les familles de cacaoculteur·rices continuent de peiner à vivre décemment de leur travail et les transitions vers des modes de production plus résilients restent à la traîne ».

Faute de revenus décents, de nombreux agriculteurs abandonnent le cacao au profit de cultures plus rentables, ce qui aggrave le déficit de l’offre. En outre, la filière souffre d’une concentration du secteur : 60 à 70 % du cacao provenant d’Afrique de l’Ouest, ce qui rend l’approvisionnement très dépendant des aléas locaux.

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La fin d’une offre abondante et bon marché

En parallèle, les marques font face à des défis stratégiques, avec des réglementations plus strictes (les importations liées à la déforestation sont interdites) et des consommateurs de plus en plus exigeants quant à la qualité du chocolat. Ces derniers restent néanmoins attentifs aux prix, qu’ils souhaitent le plus abordables possible, ce qui est difficilement conciliable avec une rémunération juste des producteurs.

Nous sommes depuis longtemps habitués à une offre abondante et bon marché, mais celle-ci risque bien de se tarir. Les experts craignent une rareté durable du cacao, transformant potentiellement le chocolat en un produit de luxe occasionnel d’ici 2050.

Des solutions grâce au commerce équitable

Le commerce équitable apporte des solutions durables pour préserver la filière et l’environnement. Parmi elles, l’agroforesterie qui permettrait de protéger les plantations des dérèglements environnementaux. Elle consiste à cultiver le cacao sous le couvert d’autres arbres, qui agissent comme un bouclier face aux aléas climatiques. Ils contribuent également à la réduction des maladies tout préservant les sols et améliorant la biodiversité.

Dans un dossier consacré à la filière du cacao paru en 2024, le collectif Commerce équitable France se penche sur la durabilité de la filière afin d’en découvrir les perspectives, mais également les retours d’expériences de toutes les catégories d’acteurs des filières de commerce équitable, de la fève à la tablette. On y apprend notamment que le marché du chocolat équitable en France a connu une belle croissance de +150 % entre 2018 et 2023, ce qui démontre un intérêt certain des consommateurs.

Leur engagement, ainsi que celui des collectivités, apparaissent comme un levier essentiel pour un changement durable. De leur côté, les marques doivent davantage s’engager dans des démarches éthiques et de traçabilité, et se montrer proactives face aux enjeux de la filière.

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