Le baluchonnage est une solution mise en œuvre en France pour offrir un répit longue durée aux proches aidants. Le dispositif se déploie progressivement sur le territoire national, mais souffre encore d’un manque de financement.
Les proches aidants peuvent accéder au dispositif du baluchonnage depuis le 20 août 2025. La démarche s’inspire du Québec, où elle existe depuis la fin des années 1990. L’objectif est de permettre à l’aidant familial de s’absenter quelques jours sans rompre les habitudes de vie de la personne aidée. Pour se faire, un professionnel formé prend le relais au domicile de l’aidé et l’accompagne 24h/24 dans les gestes du quotidien, prépare les repas, l’assiste dans ses activités… pendant maximum 6 jours consécutifs. En parallèle, les visites habituelles (soignants, amis…) sont maintenues.
Des aidants fortement mobilisés
En France, on estime entre 9 et 11 millions le nombre de personnes qui accompagnent et soutiennent au quotidien un proche dans le besoin. Plus de la moitié (54 %) sont des femmes et nombreux sont des actifs (58 %). Selon le baromètre des aidants 2024 du collectif Je t’aide, près d’un aidant sur six y consacre plus de 20 heures par semaine, parfois 40 heures ou plus. Une charge lourde, source d’effets délétères tels que douleurs chroniques, troubles du sommeil, anxiété, isolement, dépression.
Le rôle de l’aidant familial a pris beaucoup d’importance ces dernières années, les politiques publiques œuvrant pour le maintien à domicile des personnes âgées le plus longtemps possible. Les aidants sont devenus des piliers invisibles du système qui ont aussi besoin de souffler pour tenir sur la durée. Le droit au répit existe depuis une loi de 2015 pour les personnes dont la présence est indispensable au domicile d’un proche. Il consiste en pratique en une enveloppe financière (550 € par an environ) permettant de trouver un relais pour le parent âgé pendant quelque temps. Ce droit reste peu utilisé, car les dispositifs (accueil de jour, hébergement temporaire, garde de nuit, etc.), sont complexes à mettre en œuvre, insuffisants, inadaptés ou trop coûteux.
Le baluchonnage strictement encadré
C’est ainsi que le baluchonnage a fait son apparition en France, dans un cadre dérogatoire strictement encadré. En effet, le droit du travail bloquait auparavant cette formule car il est impossible de faire travailler un salarié 24 h/24 plusieurs jours d’affilée. Une expérimentation dérogatoire a été menée en 2018, conduisant à sa pérennisation dans la loi du 15 novembre 2024 et son décret d’application du 19 août 2025 (entré en vigueur le lendemain). Désormais, des salariés volontaires peuvent travailler jusqu’à 6 jours consécutifs, à raison de 94 jours par an au maximum.
En amont de chaque prestation, l’employeur doit s’assurer du consentement de l’employé par écrit. Le refus d’exécuter une mission ne peut entraîner une sanction disciplinaire. L’intervenant doit avoir un diplôme ou un titre de niveau 3 au minimum, attestant de compétences dans les secteurs sanitaires, médico-social ou social et justifier d’au moins un an d’expérience professionnelle dans l’accompagnement de personnes âgées en situation de perte d’autonomie, de personnes malades ou de personnes en situation de handicap.
Des écueils en termes de financement
Le baluchonnage s’adresse aux personnes dans les situations les plus lourdes : les personnes âgées en situation de perte d’autonomie, les personnes malades ou les personnes en situation de handicap nécessitant une surveillance permanente.
Le dispositif se déploie progressivement grâce à l’association Baluchon France, qui accompagne des structures d’aide à domicile souhaitant mettre en place ce modèle. Mais le développement de l’offre sur l’ensemble du territoire est un véritable défi. Une prestation de baluchonnage coûte de 650 € à 750 € par jour, soit plus de 2 000 € pour 3 jours. Si certains conseils départementaux ou caisses de retraite ont soutenu des familles, aucun financement national n’est garanti à l’ensemble des aidants.




