Chaque année, l’association Familles rurales publie son observatoire des prix, dans lequel elle analyse le coût d’une alimentation équilibrée en France. Dans son dernier rapport, elle s’interroge sur les mécanismes économiques à l’œuvre dans notre système alimentaire et leurs conséquences sur l’accès des consommateurs à une alimentation saine.
Alors que la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) vient d’être publiée, Familles rurales se demande comment garantir concrètement l’accès économique de tous à une alimentation saine. Car « sans action structurelle sur les prix, l’accès à cette dernière restera un privilège pour trop de consommateurs », dénonce l’association de consommateurs.
Une alimentation saine combat l’inflation
Dans son observatoire, Familles rurales démontre qu’un panier de produits sains résiste mieux à l’inflation que les produits transformés, bien que le budget reste lourd pour les foyers modestes. En effet, l’adoption d’une alimentation saine, conforme aux recommandations du Plan National Nutrition Santé (PNNS), constituerait un levier efficace pour protéger son budget. Alors que l’inflation alimentaire générale a progressé de 1,7 %, le prix des paniers de produits sains (en conventionnel) a baissé de 0,75 %. Les légumes secs sont ceux qui bénéficient de la plus forte baisse (- 7,6 %), suivis des produits céréaliers (- 2,8 %) puis des fruits et légumes frais (- 1,1 %).
À l’inverse, les produits dont la consommation doit être limitée sont devenus beaucoup plus coûteux : + 51 % pour les matières grasses depuis 2021 et + 38 % pour les produits sucrés, sur la même période.
Pour baisser les coûts, l’association recommande de restreindre la diversité des produits. Ainsi, pour une famille de 4 personnes, une alimentation saine reviendrait à 539 € par mois (contre 800 € avec un panier plus varié).
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Des marges excessives sur le bio
En revanche, bien que les produits bio apportent un réel bénéfice pour la santé, l’étude met en évidence un surcoût de + 1,7 %. En cause, notamment, les marges excessives pratiquées par la grande distribution sur ces produits (trois fois supérieures à celles du conventionnel). Familles rurales dénonce cette fracture qui freine le développement du secteur du bio et critique le mécanisme où les produits sains servent à éponger les pertes de rayons moins équilibrés : « En 2021, c’est notamment grâce aux bénéfices du rayon fruits et légumes [+ 247 millions d’euros après impôts] que la grande distribution a couvert les pertes de son rayon boulangerie / pâtisserie [– 65 millions d’euros] », lit-on dans l’Observatoire.
Familles rurales souligne la gravité de telles pratiques, alors que 11 millions de Français ne mangent plus à leur faim et que l’État dépense 20 milliards d’euros par an pour soigner les pathologies liées à une mauvaise alimentation.
D’ailleurs, l’association a annoncé saisir l’Autorité de la concurrence afin de demander l’ouverture d’une enquête sectorielle sur la formation des prix au sein des filières et la péréquation des marges dans la grande distribution alimentaire.




