Bientôt des paiements en Euro numérique ?

Le 14 juillet 2021, la Banque centrale européenne (BCE) annonçait le lancement d’une expérimentation de l’euro numérique, pour un déploiement généralisé à partir de 2024. En quoi consiste cette monnaie ? Quels sont les enjeux d’un tel projet ? Quels en seront les effets pour les consommateurs ?

Qu’est-ce que l’euro numérique ?

L’euro numérique sera la version dématérialisée de nos pièces et billets de banque. Monnaie électronique émise par la Banque centrale européenne, accessible tant aux particuliers qu’aux entreprises, elle ne remplacera pas les espèces, mais sera utilisée en complément. L’euro numérique permettra d’effectuer des achats au quotidien, facilement, rapidement et en sécurité. Le système devrait fonctionner via des applications, des portefeuilles numériques et des cartes virtuelles.

Pourquoi créer une monnaie numérique ?

D’après le rapport de la BCE publié le 2 octobre 2020 (en anglais), l’euro numérique combinerait l’efficacité d’un instrument de paiement numérique et la sécurité d’une monnaie de banque centrale. L’émission d’une monnaie numérique « permettrait de ne pas dépendre d’instruments de paiement numériques émis et contrôlés en dehors de la zone euro, sources potentielles d’instabilité financière et de perte de souveraineté monétaire ».

Avant même les États, des entreprises privées se sont lancées dans le secteur des cryptomonnaies (à savoir une monnaie numérique de pair à pair – c’est-à-dire échangée directement entre deux utilisateurs connectés -, sans nécessité de passer par une banque centrale, et utilisable au moyen d’un réseau informatique décentralisé), faisant planer un risque sur les monnaies officielles.

Facebook ouvre le bal

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Facebook a créé la la cryptomonnaie Diem, indexée sur le dollar

En 2019, Facebook déclarait son intention de créer sa propre cryptomonnaie. Les banques centrales étaient alors montées au créneau, redoutant que cette monnaie numérique s’impose rapidement au détriment des monnaies d’États officielles.

Depuis, Facebook a revu ses ambitions à la baisse en créant le portefeuille numérique Novi, fonctionnant avec la cryptomonnaie Diem, dont le cours est indexé sur le dollar, ce qui en fait une stablecoins (une cryptomonnaie stable). Néanmoins, le Diem devrait s’apparenter davantage à un nouveau moyen de paiement qu’à une véritable monnaie alternative. A ce jour, ce projet semble toutefois au point mort.

Mais Facebook n’est pas la seule entreprise à se positionner sur ce créneau, devenu très concurrentiel. D’autres stablecoins existent déjà sur le marché, comme le Tether USD ou le Trust Token USD.

Les États entrent dans la danse

Cet essor des cryptomonnaies n’échappe pas aux États qui s’inquiètent d’une fragilisation de leur souveraineté monétaire. Ainsi, la Banque populaire de Chine a été la première Banque centrale au monde en 2019 à annoncer le lancement d’une monnaie numérique. Selon l’agence Reuters, en novembre dernier, déjà 140 millions de Chinois utilisaient le yuan numérique, déployé sur les téléphones portables depuis mars 2021. D’autres États travaillent sur des projets similaires, à l’instar de la Suède (e-krona) et des Etats-Unis (Federal Reserve).

>>> A lire aussi : « Comment éviter l’escroquerie au paiement sans contact« 

Inquiétude des banques

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L’arrivée d’un euro numérique inquiète les banques

De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) conduit des travaux dans le même sens. L’arrivée d’un euro numérique trouble les banques qui estiment que les moyens de paiements actuels sont déjà très performants.

Par ailleurs, selon la Fédération bancaire française (FBF), les Français restent très attachés aux espèces. Les chiffres de la BCE le confirment : en 2019, 67 % des transactions en-dessous de 100 euros ont été réalisées en espèces. Cependant, l’institution monétaire estime que la baisse globale du recours aux espèces justifie le déploiement d’une monnaie numérique.

Enfin, nombreuses sont les personnes ayant des difficultés d’accès aux outils numériques, ce qui constitue un frein supplémentaire pour la FBF. Raison pour laquelle la BCE a également indiqué mettre l’accent sur l’accessibilité et la facilité d’utilisation.

Concurrencer les cryptomonnaies

Pour le Conseil national du numérique (CNNum), si la prudence est de mise, il convient de ne pas se laisser distancer dans la course à l’innovation. « Dans le domaine du numérique, ceux qui démarrent les premiers ont souvent un avantage impossible à rattraper », indique Joëlle Toledano, membre du CNNum, dans un rapport paru en novembre 2021. L’enjeu est donc de concurrencer les cryptomonnaies. Car si les États ne se positionnent pas, le risque est grand de voir des entreprises privées prendre les devants.

Mais l’avance prise par certains pays, comme la Chine, inquiète également. La BCE travaille donc de concert avec la Commission européenne sur un prototype d’euro numérique pour 2023, afin qu’il soit prêt à être déployé en 2024. Le projet devra ensuite faire l’objet de négociations au sein des capitales européennes et du Parlement européen avant d’être adopté.

Assurer la confidentialité

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L’anonymat des règlements en euro numérique n’est pas garanti

En Europe, les principaux enjeux sont la confidentialité et le respect de la vie privée. Si les grands choix concernant l’architecture de cette monnaie numérique européenne ne sont pas encore validés, la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) indique que l’euro numérique « sera, quoi qu’il en soit, émis par la Banque centrale européenne et circulera dans des porte-monnaies électroniques ou « wallets« , indépendamment des autres moyens de paiement ».

Néanmoins, impossible de savoir aujourd’hui si les paiements émis en euro numérique seront aussi intraçables que des paiements en espèces. L’anonymat des règlements est loin d’être garanti, tout d’abord parce qu’il semble incompatible avec les technologies permettant son émission et sa distribution. Ensuite, parce que cela irait à l’encontre d’autres objectifs de politique publique « comme la lutte anti-blanchiment ou contre le financement du terrorisme », précise la Cnil.

Déjouer les attaques informatiques

Les attaques informatiques font également partie des appréhensions, car un nouveau type de criminalité pourrait émerger. Les études en cours visent donc également à les anticiper pour être en mesure de les contrer.

Pour répondre à ces différents enjeux, le projet d’euro numérique fait l’objet d’une phase d’investigation qui durera tout au long de l’année 2022. La Cnil a d’ailleurs lancé un appel « à l’émergence d’un débat public ».

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